Qu’est-ce que la nature ?

Lorsqu’on parle de la nature, on veut parler du monde dans son ensemble, mais abstraction faite de ce que l’homme y a mis et des transformations qu’il y a faites. Elle comprend donc tout l’univers, l’ensemble des phénomènes naturels tels que les vents, les marées, la course des astres, elle comprend donc aussi outre la matière, les plantes et les êtres vivants, dont l’homme en tant qu’il est aussi un être vivant.

En somme, la nature, c’est l’ensemble du réel, mais ôté de tout ce que l’homme y a fait ou ajouté, c’est-à-dire ôté de tout ce qui est artificiel. La nature, c’est le réel moins l’artificiel. La nature est donc tout ce qui existe indépendamment de l’homme et de ses interventions tandis que l’artificiel est tout ce qui existe par l’homme, ce qui n’aurait jamais vu le jour sans ses interventions.

Tout paraît simple : la nature que l’on cherche ici à définir ce n’est rien d’autre donc que l’ensemble du réel ôté de l’artificiel, et, on peut distinguer le naturel de l’artificiel par leurs origines respectives : les êtres naturels ont pour origine ou pour cause la nature tandis que les choses artificielles ont pour origine ou pour cause l’intervention humaine. Inutile d’aller plus loin.

Observons cependant que dire que la nature, c’est tout ce qui existe ôté de ce que l’homme a introduit dans la réalité n’est pas vraiment une définition de la nature : il s’agit là seulement d’une définition négative de la nature dans la mesure où avec elle dit moins ce qu’elle est que ce qu’elle n’est pas. Elle ne nous apprend rien sur la nature puisqu’elle se borne à nous indiquer ce qu’il faut exclure d’elle. Cette définition revient donc à dire que la nature, c’est tout ce qui reste du réel une fois qu’on a ôté ce qu’elle n’est pas. Peut-on se satisfaire de cette réponse puisqu’elle ne nous apprend rien ?

Mais ce n’est pas tout. A bien y regarder, même la distinction faite entre le naturel et l’artificiel n’est pas très claire. On soutient que le naturel s’oppose à l’artificiel en cela que le second est produit par l’homme tandis que le premier existe indépendamment de lui. Seulement, lorsqu’on examine une chose produite par l’homme, n’y découvre-t-on pas des éléments naturels ? Tout ce qui compose les objets que nous fabriquons n’est-il pas naturel ? Et ce, nécessairement : l’homme ne peut pas créer quelque chose à partir de rien. Aussi, tout ce qu’il fabrique n’est-il jamais que la transformation d’éléments qui se trouvent dans la nature. La transformation, c’est-à-dire le changement de forme. Mais, qu’est-ce que cela signifie, sinon que tout est naturel puisque rien de ce qui est ne vient pas de la nature ? Même « les produits chimiques » !

Mais, il faudrait savoir ! On ne peut pas d’un côté soutenir qu’il faut distinguer au sein du réel les choses naturelles des artificielles et soutenir de l’autre que tout ce qui est, est naturel ! De deux choses l’une : ou bien il y a un sens à distinguer le naturel et l’artificiel ou bien c’est impossible. Plus précisément : abstraction faite de l’origine des choses, ce qui les a portés à l’existence, peut-on distinguer les choses artificielles des naturelles ou non ? Une fois présent ou produit, y a-t-il une différence entre un être naturel et une chose artificielle ?

I ) On peut distinguer la nature de tout ce que l’homme produit

C’est ce que soutient Aristote dans un texte extrait de sa Physique, II, 1, 192b 8-31. Ce texte est destiné à déterminer l’objet de la physique, c’est-à-dire de la science physique, de la science de la nature. Il convient en effet de déterminer ce qu’est la nature ou les êtres naturels pour pouvoir ensuite les étudier et les connaître.

 » Parmi les êtres en effet, les uns existent par nature, les autres par d’autres causes ; par nature, les animaux et leurs parties, les plantes et les corps simples, comme terre, feu, eau, air ; de ces choses en effet, et des autres de même sorte, on dit qu’elles sont par nature. Or, toutes les choses dont nous venons de parler diffèrent manifestement de celles qui n’existent pas par nature ; chaque être naturel, en effet, a en soi-même un principe de mouvement et de fixité, les uns quant au lieu, les autres quant à l’accroissement et au décroissement, d’autres quant à l’altération. Au contraire, un lit, un manteau ou tout autre objet de ce genre, en tant que chacun a droit à ce nom, c’est-à-dire dans la mesure où il est un produit de l’art, ne possèdent aucune tendance naturelle au changement, mais seulement en tant qu’ils ont cet accident d’être en pierre ou en bois ou en quelque mixte, et sous ce rapport ; car la nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par accident.  » Aristote

Explications :

1 ) On peut distinguer parmi l’ensemble des choses qui existent celles qui existent par nature de celles qui existent par d’autres causes. Celles qui existent par nature sont celles qui existent par elles-mêmes, qui existent sans aucune intervention extérieure, ni humaine, ni divine. Avant elles, il n’y a rien ni personne. Elles ne sont rendues présentes et existantes par rien d’autre qu’elles-mêmes. On peut d’abord dire que cela signifie qu’ils existent naturellement, c’est-à-dire sans aucune intervention extérieure, humaine notamment.

Mais cela signifie aussi que ces êtres existent parce qu’ils viennent de la nature. Par nature voulant dire qu’ils sont faits par la nature, comme on parle de ce qui existe par d’autres causes, par l’homme par exemple pour dire que ce sont ces causes ou l’homme qui ont produit ces choses.

Or, ces choses produites par la nature sont aussi précisément celles que l’on dit naturelles, celles qui composent la nature et dont Aristote d’ailleurs dresse la liste ensuite. Les êtres vivants, plantes et animaux et les corps simples ou éléments, c’est-à-dire tout ce qui sert à la fois de milieu et qui entre dans la composition des êtres vivants : ce dont ils ont besoin pour vivre et ce dont ils sont faits ou composés. Ces éléments correspondent aux quatre formes sous lesquelles on rencontre la matière inerte, c’est-à-dire privée comme telle de vie mais non privée de mouvement. Le vent ou les flammes d’un feu présentent un mouvement, mais qui n’est pas celui d’un être vivant.

Ce qui nous conduit à dire que les choses naturelles existent par la nature qui les fait être, qui les a produites. A dire donc que la nature fait la nature, engendre la nature. Mais on emploie ici le mot nature en deux sens différents : la nature comme ensemble des choses naturelles et la nature comme ce qui produit, comme la puissance qui engendre ces choses naturelles. Ce second sens pouvant être tenu pour l’essence de la nature.

C’est ce second sens du mot nature qui du reste se retrouve dans l’expression poétique ou dans les expressions qui parlent de la nature comme d’une quasi personne qui ou bien donne ou bien prive telle ou telle chose de telle ou telle propriété. Parler d’un don de la nature, c’est parler de cette nature qui est puissance de production et de don de quelque chose.

Celles qui existent par d’autres causes sont celles qui sont produites par quelque chose ou plutôt par quelqu’un, à savoir l’homme. Elles n’existent que par son intervention, son travail. Elles n’existent pas par elles-mêmes, elles existent parce qu’elles ont été produites par quelque chose qui les précède, qui est antérieur à elles.

2 ) Aristote ne s’en tient pas cependant à la distinction entre les êtres naturels et artificiels envisagée du point de vue de la provenance ou de l’origine respective de ces êtres. De cette distinction par la provenance ou le mode d’apparition, il passe à une différenciation qui concerne leur essence.

Quelle est l’essence des être qui existent par nature ? Qu’est-ce qui distingue essentiellement les êtres qui existent par nature de ceux qui existent par d’autres causes ?

Chaque être naturel a en soi un principe de mouvement et de fixité ou de repos. On peut observer que les êtres naturels sont sujets au mouvement, qu’ils peuvent bouger ou se transformer. Mais, les êtres artificiels aussi en sont capables. Ce qui les distingue, c’est que le principe, l’origine ou la cause de leur mouvement est interne pour les êtres naturels et externes pour les choses artificielles. Ils se meuvent ou se transforment spontanément et non pas sous l’effet d’une autre chose qui leur serait extérieure, d’une cause externe à la chose en mouvement.

On a vu qu’il était possible de définir la nature comme puissance d’engendrement des êtres naturels précisément. On peut alors se demander s’il faut placer cette nature comme puissance derrière la nature comme ensemble de choses naturelles, les séparer comme on sépare l’artisan qui produit de ses œuvres, comme un dieu et son œuvre ? Or, c’est précisément cela que récuse Aristote : dire que les choses naturelles ont en elles-mêmes le principe de leur mouvement et de leur repos, c’est déclarer que la nature comme puissance n’est pas séparée de la nature comme ensemble des choses naturelles, mais que la première est immanente à la seconde. La nature comme puissance est immédiatement présente au sein de toutes les choses naturelles qui composent la nature au sens plat, superficiel du terme. Ce qui en retour permet de préciser ce qu’il faut entendre par puissance d’engendrement : elle est puissance d’engendrement du mouvement et du repos.

De quels mouvements parle-t-on ? De trois sortes de mouvements :

1 ) Le mouvement dit local, c’est-à-dire le déplacement dans l’espace. Celui-ci est observable chez les animaux qui peuvent se déplacer dans l’espace par locomotion mais il est aussi observable dans les éléments : le feu tend à se déplacer vers le haut, les pierres à tomber ainsi que l’eau et l’air à se déplacer de telle sorte que l’air chaud monte tandis que l’air froid descend, ce qui crée des courants d’air, c’est-à-dire du vent.

2 ) Le mouvement de croissance et de décroissance, à savoir pour les plantes et les animaux, le mouvement par lequel ils se transforment de telle sorte que d’abord ils croissent puis décroissent, vieillissent. Mouvement comme auto-transformation.

3 ) Le mouvement d’altération qui est le mouvement qui achève le processus de décroissance.

Mais il est aussi question de repos. Le repos est l’envers du mouvement et ce en quoi il s’achève, ce qui est visé par le mouvement. Une fois en haut, l’air chaud s’immobilise, se fixe, atteint son lieu naturel. Une fois à terre, la pierre qui est tombée atteint son lieu naturel elle aussi.

Tout cela signifie que ce qui caractérise un être naturel, c’est sa capacité toujours active et spontanée à se mettre en mouvement ou à se transformer indépendamment de toute cause extérieure, de toute influence externe. Si l’air se meut ou si les flammes montent, ce n’est pas parce qu’ils sont poussés par quelque chose, mais parce que spontanément, ils peuvent se donner ce genre de mouvement. C’est peut-être encore plus net avec les êtres vivants, plantes ou animaux qui sont eux capables de mouvement, de toutes les formes de mouvement pour les animaux et ce de manière totalement spontanée.

Attention, cela ne signifie absolument pas que tous les êtres naturels sont doués de volonté et qu’ils entrent en mouvement à la suite d’une décision consciente. Le fait que le principe de leurs mouvements soit en eux ne signifie pas qu’ils sont comme des hommes qui peuvent se mettre en mouvement par une décision et un acte de volonté. Tout ce qu’affirme Aristote, c’est que ces êtres sont capables de se mouvoir en dehors de toute sollicitation extérieure, sans être poussé par autre chose, il ne dit pas que ce mouvement est déterminé par une volonté.

3 ) En quoi les choses fabriquées par l’homme s’en distinguent ? Précisément, les choses fabriquées par l’homme, c’est-à-dire qui sont le produit d’un artisanat sont elles dépourvues de cette aptitude à se mouvoir par elles-mêmes, ce qui apparaît de manière extrêmement claire en ce qui concerne le mouvement de croissance et de décroissance ainsi que celui d’altération. Une machine est en effet incapable de croissance et de décroissance par elle-même, spontanément et indépendamment de toute intervention extérieure. Mais pas seulement une machine : une table ne s’est pas elle-même faite table, transformée en table.

4 ) Essence et accident. Objection possible : toutefois, ce qu’on produit peut parfois avoir des mouvements qui ne sont pas provoquées par quelque chose d’extérieur, mais qui semblent spontanés. C’est à cette objection que répond la fin du texte : il est en effet possible que des choses fabriquées par l’homme connaissent des mouvements qui semblent spontanés, comme par exemple la chute pour le manteau, le fait de travailler pour un meuble en bois, la décomposition pour ce même meuble en bois ou la ruine pour une maison. A quoi est du ce mouvement ? Est-il du à la chose elle-même ? Est-ce par exemple la maison qui spontanément tombe en ruine et ce en raison de la capacité qu’elle aurait de se détruire elle-même ? Non, ce qui explique ce mouvement d’altération de la maison, ce sont les éléments dont elle est composée, qui eux sont naturels et à ce titre capables de mouvement spontanée, comme par exemple celui d’altération du ciment et celui de chute pour les pierres. C’est pourquoi on peut observer du mouvement dans les choses fabriquées, mais ce mouvement ne vient pas des choses elles-mêmes, mais de ce qui les compose, des éléments naturels qui les composent. C’est pour cette raison qu’Aristote distingue les mouvements que les êtres ont par essence des mouvements que les choses peuvent avoir par accident, c’est-à-dire sans que ce mouvement s’explique par leur essence, mais par la composition de cette chose. Les êtres naturels sont capables de mouvement par essence, les choses artificielles se meuvent, mais seulement pour le mouvement local, soit parce qu’elles sont mises en mouvement par quelque chose qui leur est externe, une force extérieure soit parce qu’elles sont composées d’éléments qui sont capables de mouvement spontanément ou bien connaissent l’altération, mais là encore parce qu’elles sont faites d’éléments naturels.

Conclusion : les êtres naturels se distinguent des choses artificielles, des produits de l’art en cela qu’elles contiennent en elles le principe de leurs mouvements et de leur repos de manière essentielle et non accidentelle. Donc en tant qu’elles ont toutes en elles une puissance de mouvement et de repos, puissance qui définit l’essence de la nature.

Ainsi, notre problème se trouve-t-il réglé : il est sensé de distinguer les êtres naturels des choses artificielles. Certes, les choses artificielles sont composées d’éléments naturels, et, à ce titre, elles peuvent connaître des mouvements, mais il n’empêche qu’elles n’en sont pas moins distinctes des choses naturelles en cela qu’elles sont incapables de mouvements spontanés, propres, dont la cause, le principe ou l’origine est en elles.

On peut donc distinguer le naturel de l’artificiel de deux manières : d’une part du point de vue de l’origine ou de la genèse, d’autre part en eux-mêmes, du seul point de vue de leur essence, en l’occurrence à partir de la présence ou non en eux d’un principe de mouvement ou de repos.

Tout à fait réglé ? Pas sûr.

D’abord, il faut noter que cette thèse d’Aristote permet plus de définir les êtres naturels que la nature comme telle : la nature est certes une puissance d’engendrement ou d’éclosion, mais parce qu’elle est immanente aux êtres naturels, elle est, en extension, l’ensemble des êtres qui possèdent en eux-mêmes cette puissance de mouvement et de repos. On obtient donc la définition de la nature en passant par celle des êtres naturels.

Ensuite, force est de reconnaître que cette définition vaut plus pour les êtres vivants que pour les éléments naturels. En ce qui les concerne en effet, parler d’un principe immanent et essentiel de mouvement et de repos ne va pas de soi : la chute d’une pierre qui s’est détachée d’une paroi et son arrêt au sol sont difficiles à analyser en ces termes. Certes, la pierre tombe toute seule et s’arrête toute seule, si par « toute seule », on entend sans intervention extérieure visant à la faire chuter, mais tombe-t-elle et s’arrête-t-elle d’elle-même ? Ne tombe-t-elle pas et ne s’arrête-t-elle pas à cause d’autre chose qu’elle-même ?

Il n’est possible de soutenir qu’elle tombe d’elle-même que si, comme le fait Aristote, on associe à cette définition des êtres naturels l’idée selon laquelle chaque chose tend à rejoindre son lieu naturel, comme le bas pour la pierre ou le haut pour la fumée. Dans ces conditions, on peut dire que les êtres naturels connaissent des mouvements finalisés par leurs lieux propres. Mais, dans ces conditions aussi, on n’est pas loin d’une espèce d’animisme qui expliquerait le mouvement dans l’espace ou mouvement local par une sorte d’intention de rejoindre son lieu naturel.

Enfin, cette définition ne règle pas tout à fait notre problème dans la mesure où, avec certaines choses, il existe un désaccord entre la distinction génétique et la distinction essentielle du naturel et de l’artificiel. Certains être qui n’existent pas par nature, c’est-à-dire qui ne sont pas (entièrement) l’œuvre de la nature, mais le produit d’un travail ou d’un art, sont pris pour des êtres naturels et inversement, on prend pour des choses artificielles des êtres naturels.

En effet, il est possible de rencontrer des êtres qui essentiellement sont naturels en cela qu’ils ont en eux le principe de leur mouvement et de leur repos, mais qui sont le produit d’une intervention humaine, d’un travail, comme un champ cultivé, les espèces animales et végétales domestiques, fruits d’un très long travail de sélection, sans parler des hybrides et des êtres transgéniques. On voit là de la nature, mais on a affaire à du travail, à des choses artificielles en cela qu’elles sont le fruit d’un travail. De même, certains objets faits de la main de l’homme répondent à la définition donnée par Aristote des êtres naturels : on peut considérer par exemple qu’une automobile, un thermostat et toutes les machines auto-régulées sont des choses qui ont en elles-mêmes le principe de leur mouvement et de leur repos et ce non pas de manière accidentelle, mais bien essentielle.

Inversement, il est courant de penser des êtres naturels sur le modèle de choses artificielles, notamment sur le modèle des machines, comme tous les corps biologiques que l’on compare volontiers à de belles machines.

Qu’est-ce qui en résulte ? Que la frontière entre le naturel et l’artificiel s’en trouve une fois encore brouillée, rendue indistincte. On trouve de la nature au sein des choses artificielles et on voit les choses naturelles comme des artifices. D’un côté la puissance d’engendrement qu’est la nature se trouve déterminée par des transformations artificielles qui infléchissent, modifient le mouvement et le repos, de l’autre, les êtres naturels sont comparés quant à leur structure interne à des machines, donc comme rendus artificiels.

En somme, certaines choses artificielles sont naturelles et certains êtres naturels sont comme artificiels. Loin d’avoir réglée notre problème, la thèse d’Aristote le repose sous une autre forme, de telle sorte qu’elle ne fait que le déplacer sans lui apporter de solution définitive.

Vous voici arrivé à la moitié environ du cours sur la nature. Par la suite, il sera question de défendre d’autres approches, avec Descartes et Kant.

Si la suite vous intéresse, veuillez me contacter par mail à l’adresse suivante :

jf.devillers (at) gmail.com

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.