La dissertation (série générale)

I ) La problématisation du sujet

1 ) Question et problème

Une question n’est pas un problème. Qu’est-ce qu’un problème philosophique ? C’est d’abord une contradiction ou une opposition. A savoir : deux propositions qui s’opposent l’une à l’autre de telle sorte que si l’une est vraie alors l’autre est fausse. Mais une contradiction ou une opposition forme un problème philosophique lorsque, en outre, les deux affirmations qui le composent sont ou paraissent vraies.

Un problème philosophique, c’est donc deux affirmations totalement incompatibles et qui toutefois semblent toutes les deux vraies.

2 ) Problématiser la question

La problématisation a pour point de départ le sujet (une question) et pour point d’arrivée la formulation d’un problème philosophique.

Pour passer de l’un à l’autre, il faut :

– trouver des reformulations simples de la question afin d’en bien saisir le sens,

– définir avec soin les termes de la question, tous, sans exception,

  • reformuler la question posée à partir des définitions de chacun des termes du sujet. Diverses combinaisons sont généralement possibles : il ne faut retenir que celles qui sont sensées.

– trouver deux réponses sensées mais incompatibles entre elles à la question posée. Il ne faut pas toutefois se contenter de répondre par oui puis par non à la question, mais en se servant des définitions des termes, il faut élaborer une réponse argumentée.

A ce stade, on peut poser le problème sous la forme d’une opposition entre deux affirmations (les deux réponses données à la question posée). Pour cela, on peut se servir de tournures telles que : « D’un côté, on peut affirmer que…, mais de l’autre, on peut aussi soutenir que… » ou « Ou bien…, ou bien… »

II ) La mise en place de solutions

Comment résoudre le problème ?

Un problème est fait de deux affirmations sensées mais incompatibles. Puisqu’une chose pareille est logiquement impossible, c’est que quelque chose ne va pas.

Par conséquent,

  • soit les deux affirmations ne sont pas vraies toutes les deux en même temps (l’une des deux a l’air d’être vraie, mais elle est fausse),

  • soit elles ne sont pas réellement incompatibles (elles semblent s’opposer, mais en réalité, elles ne s’opposent pas),

  • soit elles sont fausses toutes les deux.

Pour le savoir, il faut commencer par soutenir les deux affirmations au moyen de la plus solide des argumentations possible. On peut le faire sous la forme d’un tableau à deux colonnes : à droite les arguments, les définitions, les exemples et les références en faveur d’une des deux affirmations, à gauche les arguments, les définitions, les exemples et les références en faveur de l’autre.

Qu’est-ce qu’un argument ? C’est une idée qui permet d’en soutenir une autre. Grammaticalement, un argument se reconnaît à cela qu’il est introduit pas des mots tels que : car, parce que, puisque… Auxquels on peut ajouter l’emploi de mots tels que : or, mais, alors que, donc…

Chaque fois que c’est nécessaire à la compréhension d’une thèse ou de son argumentation, donc presque en permanence, il faut définir les mots que l’on emploie ou le sens dans lequel on les utilise. Il est généralement utile, en particulier au début de chaque argumentation, de définir ou redéfinir les termes du sujet, et ensuite de veiller à ne pas employer ces termes en d’autres sens sans l’indiquer.

Il faut donner des exemples, soit comme point de départ d’une analyse, soit à l’issue d’une argumentation, dans le but de l’illustrer. Il ne faut jamais oublier qu’un exemple, c’est-à-dire un cas particulier, n’est pas une preuve ou un argument.

Il est recommandé d’avoir des références philosophiques, sous la forme de citations qui doivent être exactes et entre guillemets ou sous la forme d’une présentation rapide mais précise d’une thèse d’un philosophe. Dans tous les cas, il faut expliquer la référence et la relier au sujet.

A l’issue de ce travail, les deux réponses initiales sont devenues des thèses, c’est-à-dire des idées fondées sur une argumentation.

Avec ces deux thèses, on a trois possibilités.

1 ) Il apparaît qu’une des deux affirmations est fausse

Il est possible (mais pas certain) qu’on se rende compte qu’une des deux affirmations est mieux fondée que l’autre, parce qu’elle a plus d’arguments, parce qu’ils sont plus solides, parce que les exemples sont plus nombreux et sans ambiguïté, parce que les références philosophiques sont nombreuses et convergentes, parce qu’on peut lui adresser moins d’objections. Dans ce cas donc, le problème est réglé : on peut trancher entre les deux affirmations puisqu’on sait laquelle des deux est vraie.

Il ne reste plus qu’à présenter la solution qu’on lui donne dans un plan en deux parties (qu’on appelle parfois progressif).

I ) Première thèse

Arguments, exemples, références

Transition : réfutation argumentée de cette thèse

II ) Deuxième thèse

Arguments, exemples, références

2 ) Il apparaît que les deux affirmations sont solides

Il est également possible, une fois les deux argumentations en place, qu’on ne puisse pas les départager parce qu’elles paraissent toutes les deux aussi solidement fondées. Ce qui veut dire qu’elles sont toutes les deux vraies. Or, si on ne peut pas trancher entre les deux thèses, c’est donc qu’elles ne s’opposent qu’en apparence, qu’elles sont en réalité compatibles, en d’autres termes, qu’elles ne se contredisent pas réellement.

Ce qu’il faut établir.

– Soit en montrant qu’elles ne parlent pas exactement de la même chose. Dans ce cas, il faut mettre fin à la confusion avec des définitions appropriée.

– Soit en montrant qu’elles sont vraies toutes les deux, mais pas dans les mêmes conditions. Car si une affirmation X est vraie mais seulement à certaines conditions et si une affirmation Y est vraie à d’autres conditions, alors X et Y ne s’opposent pas. En montrant qu’elles sont vraies chacune à certaines conditions, on fait cesser l’incompatibilité entre elles. Le problème est ainsi réglé.

Pour présenter cette solution, il faut adopter un plan en trois parties.

I ) Première thèse

Arguments, exemples, références

Transition (objection contre la thèse)

II ) Deuxième thèse

Arguments, exemples, références

Transition bilan On reconnaît la solidité des deux argumentations ainsi que l’incompatibilité des deux thèses.

III ) La première thèse est vraie, mais à telle et telle condition. Sinon, elle est fausse.

3 ) Il apparaît que les deux affirmations sont fausses ou discutables

Il est enfin possible que les deux thèses, une fois leurs argumentations établies, ne paraissent pas plus vraies l’une que l’autre.

Si on ne peut pas trancher entre les deux affirmations parce qu’elles paraissent toutes les deux peu sûres, c’est qu’elles ne sont ni tout à fait vraies, ni tout à fait incompatibles. Il faut par conséquent proposer une troisième solution au problème, solution qui tienne compte des deux précédentes, mais qui les transforme afin de dépasser la contradiction. Il s’agit de reprendre une partie des arguments qui ont servi à soutenir l’une et l’autre thèse, mais en montrant, qu’en réalité, ils établissaient la vérité d’une autre thèse, celle qu’on soutient à présent.

Cette solution correspond à la synthèse du plan dit dialectique en cela que cette troisième thèse est aussi comme la synthèse des deux autres dans une troisième qui en conserve les acquis tout en les dépassant.

On présente cette solution en trois parties.

I ) Première thèse

Arguments, exemples, références

Transition (objection contre la thèse)

II ) Deuxième thèse

Arguments, exemples, références.

Transition bilan. On prend acte de la fragilité des argumentations ainsi que de l’incompatibilité des deux thèses.

III ) Troisième thèse

Arguments, exemples, références, empruntés en partie à I ) et II ), mais réaménagés.

III ) La rédaction

L’expression écrite doit être claire (un « non-philosophe » doit pouvoir vous comprendre sans effort de décodage ou de réécriture) ; il ne faut exprimer qu’une idée par paragraphe et consacrer un paragraphe à chaque idée ; il ne faut pas oublier la correction du professeur, c’est-à-dire des marges.

1 ) L’introduction

– Le sujet

– La reformulation élaborée du sujet

– Le problème

– L’annonce du plan du devoir, sous forme de questions de préférence

2 ) Le développement

Il n’est que la rédaction soignée du plan détaillé conçu antérieurement.

3 ) La conclusion

Il faut y faire un rapide résumé du parcours général du devoir jusqu’à la solution adoptée finalement. Terminer en donnant une réponse claire et tranchée à la question initiale. Ne surtout pas ouvrir le sujet ou le devoir en posant une question nouvelle : il s’agit de répondre à des questions, pas d’en poser en vain.

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